Navigation One way de la Rochelle en Sardaigne

2. Oct 2019

Expérience en navigation One-Way de La Rochelle en Sardaigne, en Méditerranée,

Anna Mourou, l’ambassadrice de notre campagne #MoreWomenAtSea et fondatrice du réseau suédois She Captain, partage son expérience en vue de son tour du monde de trois ans, qui débutera l’année prochaine. Nous avons rencontré Anna pour en savoir plus sur sa récente navigation longue durée, lors du convoyage de l’un de nos nouveaux catamarans en Méditerranée. Elle nous explique pourquoi en mer c’est mieux !

J’ai tendance à dire oui à l’aventure même si c’est en dehors de ma zone de confort. Faire ce dont tu as peur fait partie de la vie de marin. Quand les choses tournent mal, il ne faut pas abandonner, il suffit de trouver la solution et la récompense est là, et bien plus grande !  

Lorsque Dream Yacht Charter m’a demandé si je pouvais convoyer un tout nouveau catamaran Lucia 40 depuis l’usine de La Rochelle, en France, jusqu’à Olbia, en Sardaigne, j’ai dit oui !
Est-ce que j’ai déjà navigué dans ces eaux ? Non, pas vraiment ! Et les peu de fois où j’ai navigué en Méditerranée ne comptent pas. Mais je me prépare pour un tour du monde à partir de 2020 et j’ai passé toute ma vie à naviguer sur la Baltique, j’ai donc souhaité relever ce challenge !

Présentation de mon équipage

Mon équipage a été trié sur le volet, des navigatrices suédoises que je connaissais par le biais de She Captain. Certaines expérimentées, comme ma co-skipper Jeanette Johansson, qui a planifié quasiment l’intégralité de ce convoyage. Mais j’avais aussi choisi d’avoir à bord des navigatrices qui contribueraient à un bateau heureux et à aucun moment ennuyeux. Jessica Carlsson et Mia Ingelström sont ces personnes – stables, avec de bonnes connaissances nautiques et toujours prêtes à dire oui. J’avais aussi mon mini skipper à bord, mon fils de six ans, Olof, passionné de voile et de volcans.

Ce que je retiens de cette expérience, c’est que cela m’a rappelé que tout va mieux en mer. La nourriture a meilleur goût, le vin bon marché est le meilleur que vous ayez jamais bu, un coucher de soleil a le goût de paradis, le paysage est toujours hypnotique et, en plus, vous vous sentez plus fort après avoir manœuvré votre bateau toute la journée. Je m’étais d’ailleurs entraînée aux manœuvres, vous pourrez en savoir plus en lisant mon article.

De la Rochelle à Cascais, Lisbonne, via le Golfe de Cascogne

Nous sommes partis tôt pour six jours de navigation sans escale vers Lisbonne. Le Golfe de Gascogne nous a accueilli dans de superbes conditions, avec des bons vents et une houle raisonnable. Mais la nuit était si noire. Je n’avais jamais connu la navigation de nuit, celle lorsque la lune est si nouvelle que vous ne pouvez pas la voir.

Après presque trois jours de navigation, nous avons traversé l’Atlantique et effectué des quarts, trois heures par nuit, par équipe de deux. Avec six membres d’équipage à bord, cela nous a permis de bien dormir. Nous devions surveiller les filets de pêche qui se situent en dehors de la côte portugaise. Notre préparation avait le départ avait permis de savoir qu’il fallait mieux naviguer en dehors de la courbe de profondeur de 200 m, et cela fonctionnait parfaitement, tout en restant loin des filets. Mais toutes les règles viennent avec une exception…

Pendant mon quart de nuit, nous avons senti quelque chose dans l’hélice et avons immédiatement mis les deux moteurs au point mort. Il était trois heures du matin et dans le noir, on pouvait distinguer quelque chose à l’arrière du bateau. J’ai mis une bouée de sauvetage, plongé mes bras dans l’eau très noire de l’Atlantique et j’ai senti une épaisse corde en nylon. J’ai pris le crochet pour la dégager de l’hélice et elle s’est libérée ! Nous avons tiré un morceau d’un épais filet de pêche en corde sur le pont. Je n’ai jamais vu de tels filets et je ne peux imaginer ce qui aurait pu se passer si nous n’avions pas arrêté les moteurs si rapidement.

En arrivant à Cascais, près de Lisbonne, je me suis souvenue à quel point la terre peut être incroyable. Descendre à terre avec le pied marin c’est un sentiment tellement étrange. Vos jambes sont désormais habituées à ce que la surface sur laquelle vous marchez bouge, et si ce n’est pas le cas, alors ça vous donne une démarche étrange, comme si on marchait sur l’eau.

Cascais est une marina moderne avec toutes les installations dont vous avez besoin, c’est une escale parfaite sur la côte européenne. Quand nous nous sommes amarrés, nous avons eu plusieurs spectateurs, voir une femme à la barre sur un catamaran et un équipage (presque) entièrement féminin n’est pas si courant. J’étais tellement nerveuse – si je me rate, cela va répandre la fausse image que les femmes ne peuvent pas manœuvrer un bateau. Pourtant, c’est ce que je préfère faire !

Nous avons passé 36 heures à Cascais, à faire nos lessives, nettoyer le bateau, chouchouter les moteurs et profiter d’un bon dîner et de quelques verres. C’est une ville magnifique avec ses rues commerçantes étroites et son architecture typiquement portugaise. Il y a une ambiance historique tout en étant une ville moderne. Nous avons rencontré d’autres marins et avons profité d’un moment sur un superbe yawl en bois de 65 pieds.

De Cascais, Lisbonne, à Gibraltar

La grande différence entre la navigation de transport et la croisière normale c’est le calendrier. Nous sommes restés à 5-6 nœuds et jamais plus de 36 heures pour nous reposer à chaque arrêt. Nous sommes partis de Lisbonne pour ce qui semblait être un passage facile à Gibraltar, seulement trois jours.

En se rapprochant du détroit de Gibraltar, les vents soufflaient d’est à environ 25 nœuds. Les vagues étaient hautes et nous sommes passés de 6 nœuds à 1 nœud à chaque vague. Nous avons décidé de changer de cap et de nous reposer quelques heures à Barbate, où tous les équipages rechargeaient leurs batteries après des vents violents. Nous avons fait les pleins d’eaux, de batteries et nous avons dormi. Nous sommes partis à 3 heures le lendemain matin.

L’océan était une vraie mer d’huile lorsque nous sommes entrés dans la baie de Gibraltar. Nous avons fait le plein de fuel (moins cher qu’au Portugal) et sommes allés à Queensway Quay Marina après avoir pré-réservé. C’est à quelques minutes à pied du téléphérique qui mène au sommet du rocher. La vue depuis le rocher était magnifique et il y avait des singes partout.

Navigation de Gibraltar à Palma, Mallorca

Le premier matin après avoir quitté Gibraltar, nous nous sommes réveillés recouverts de sable du Sahara avec une lueur orange dans l’air. Nous avons navigué le long de la côte espagnole et avons pu profiter du paysage et des montagnes (sans filets de pêche !).

Nous avions réservé une place à La Lonja Marina à Palma, près du centre et de la cathédrale. En véritable navigatrices qui prennent soin de leur bateau, nous avons commencé à enlever le sable et le sel du Sahara en rinçant bien le bateau. Nous nous sommes promenés dans les belles rues autour de la cathédrale, en mangeant une glace et en nous accommodant à la terre ferme, une fois de plus.

Nous avons dîné au restaurant Azabache, recommandé par le capitaine du port, où nous avons pu manger de délicieuses tapas. Ensuite, une visite incontournable au Bar Abaco avec un décor somptueux et des boissons étonnantes. Puis nous avons fini en dansant la salsa au Malecon 27, un petit bar fréquenté par de très bons danseurs.

Navigation de Palma, Mallorca, vers Olbia, Sardaigne, en passant par la Maddalena

Nous avons quitté Palma tôt le matin pour un voyage de trois jours vers la Sardaigne. Les vents étaient calmes et la vue magnifique avec de hautes montagnes qui descendaient dans l’eau. Nous nous sommes arrêtés à Port Soller, l’une des seules baies abritées de la côte nord de Majorque, avant de terminer la nuit en regardant les dauphins nager dans la Méditerranée, éclairée par la lune.

En approchant de la Sardaigne, nous avions prévu une nuit au mouillage dans les îles de la Maddalena, un archipel de lagons turquoise, des îles désertes et des plages paradisiaques de la Sardaigne. Nous nous sommes dirigés vers Porto Palma, l’une des plus grandes baies protégées de l’île. Nous avons passé une belle soirée à bord, nous avons profité d’une baignade au coucher du soleil, dîné, parlé et dansé.

Notre dernière étape n’a duré que quelques heures et nous sommes partis tôt pour voir Olbia. Nous avons navigué calmement en descendant le long de la côte et dans le golfe, réputé pour ses élevages de moules et d’huîtres.

Puis nous sommes arrivés à la base Dream Yacht Charter d’Olbia après un voyage qui nous a fait parcourir 1870 milles nautique en 18 jours et qui vient de se terminer. C’est à la fois étrange et truste de dire au revoir à cet incroyable catamaran, Akialoa, qui a été notre maison pendant ce séjour. Je suis très reconnaissante pour l’expérience que ce convoyage m’a apportée. Toute l’équipe de Dream Yacht Charter est déterminée à apporter son soutien à #MoreWomenAtSea et je suis très fière d’être un des moteurs de ce mouvement.

 

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